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Festival international du film

Édition du dimanche 25 mai 2008

De Niro, un infiltré à Hollywood

De Niro est là. Clint Eastwood, lui, n'est pas encore parti... comme s'il devait ce soir inscrire son nom au palmarès du 61e festival. Réfugiés au Cap d'Antibes dans le palace des supra-stars, l'Eden-Roc, les deux monstres sacrés papotent. Jolie scène de famille hollywoodienne. Et les mauvais esprits en déduisent déjà que Robert, chargé par Gilles Jacob de remettre la Palme d'or, et Clint, présumé favori, répètent le petit numéro qu'il faudra jouer sur la scène du théâtre Louis-Lumière en cas de sacre eastwoodien...

Info ou intox ? On ne le saura que ce soir. Officiellement, l'éternel Taxi Driver n'est là que pour défendre le film de Barry Levinson, What just happened ?, qui fera la clôture. Rien de très neuf. Si Cannes a toujours fini sa quinzaine sur une séance exclusive, là on en est loin. What just happened ? a déjà vécu. Il a fait l'ouverture du festival Sundance aux Etats-Unis. Et l'accueil ne fut pas formidable.

Lutter contre la censure des Majors

Pourquoi ? Sans doute parce que certains gros bonnets de Beverly Hills se sont par trop reconnus dans la satire hollywoodienne que dépeint cette aigre comédie. Dans l'histoire de ce producteur vieillissant qui doit se battre au quotidien pour monter ses films : lutter contre la censure des Majors, contre les caprices de star comme celui d'un Bruce Willis - qui joue son propre rôle - arrivant barbu, hirsute et grassouillet alors qu'il est payé pour être un sex-symbol. Drôle de film sur le « final cut » qui semble avoir été inventé pour le seul plaisir des critiques de ciné. Si le casting n'était pas grand luxe, on ne parierait pas très gros sur la carrière commerciale de ce What just happened ?. Mais il y a De Niro, Sean Penn, Catherine Keener, John Turturro, magique dans le rôle de l'agent de stars dépressif, ou encore Robin Wright Penn et le magistral Michael Wincott dans les fringues du réalisateur possédé, mi Ferrara, mi Sid Vicious. Du coup, la petite comédie se fait plus grosse que le boeuf. Et Robert de Niro la défend bec et ongle. « On est venu tourner la fin du film ici à Cannes, l'année dernière. Quoi qu'on en dise, le Festival est une obsession des studios. Ils font semblant de faire la fine bouche, mais sont vexés si, d'aventure, Cannes ne leur fait pas signe. Et les acteurs autant que les producteurs. Ici, sur le tapis rouge, tout est toujours pour le mieux dans le meilleur des mondes, mais, avant, lorsque le film est en production, c'est une guerre sans merci dans un quotidien fait de désespérance, de frustration, de joie aussi, mais surtout de tensions. »

En général, on ne peut pas en même temps être dans et hors du système. Mais quand on s'appelle De Niro, on peut tout se permettre. Raconter par exemple les dessous de la cuisine hollywoodienne tout en y contribuant : « La tyrannie et le cynisme des studios sont une réalité. Ce n'est pas neuf. Imaginez un peu qu'ils avaient exigé de Barry Levinson qu'il change la fin de son Rain Man. Par chance, il s'y est refusé. Et le film a été le choc que l'on sait. Mais c'est fou. Et ça ne s'arrange pas. Le cinéma a toujours été un business, mais, avant, les patrons des studios étaient d'abord des cinéphiles, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui. »

Avec sa double casquette d'acteur cultissime et de producteur exigeant (The Good Shepherd avec Matt Damon et Angelina Jolie), De Niro est sans doute l'un des mieux placés pour dénoncer cette dérive. Il ne s'en prive pas comme un infiltré prêt à renoncer à sa couverture pour les besoins de sa mission : défendre le cinéma américain qui n'est pas forcément hollywoodien.

Le choc des ego

avec Al Pacino

Pas question pour autant de cracher dans la soupe. Dès lundi, il rentre au pays pour tourner Righteous Kill de John Avnet ou, quinze ans après Heat, il retrouve un autre monstre sacré hollywoodien, Al Pacino : « C'est l'histoire de deux flics new-yorkais qui traquent un tueur en série en redoutant qu'il s'agisse d'un des leurs. On me demande souvent ces derniers temps, comment ça se passe avec Al Pacino ? Et il faut entendre, est-ce que deux stars sur un plateau, ce n'est pas à Hollywood une de trop. La réponse est non. Et moi, je réponds qu'au cinéma, à tous les niveaux d'ailleurs, le choc des ego n'est pas un problème, mais un atout. » Au cas où ce ne serait pas assez clair, Robert De Niro prend sa gueule en version « You're talking to me » pour appuyer son propos. L'affaire est donc immédiatement entendue.

Jean-françois Roubaud
Nice-Matin

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