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Festival international du film

Édition du mercredi 21 mai 2008

L'âge de faire

Comme dans une aquarelle du peintre scandinave Johan Christian Dahl, les contours sont parfois flous, la lumière diffuse. Une douce indolence émane de cette petite île suédoise, où Albert et sa fille Jeanne (Anaïs Demoustier) vont découvrir non pas le trésor d'un Viking que ce père, incarné par Jean-Pierre Darroussin, est venu cherché, mais quelque chose de beaucoup plus précieux. D'inestimable. La comédie Les grandes personnes, premier long-métrage d'Anna Novion sélectionné pour la Semaine de la critique et en lice pour la Caméra d'Or, plonge avec une délicate discrétion dans la relation, tantôt fusionnelle, tantôt conflictuelle, qu'entretiennent ces deux héros ordinaires. Une équation à deux inconnues : Annika et Christine. La première est la propriétaire de la maison louée pour ces vacances, organisées afin de fêter les 17 ans de Jeanne, qui a fait une erreur de réservation. La seconde, jouée par Judith Henry, est l'une de ses amies française, habilleuse de théâtre. Ce drôle de quadrille va peu à peu se dévêtir et mettre pudiquement à nu leurs états d'âme, avec une touchante cocasserie. Et beaucoup d'amour, que les uns ont l'âge de faire mais s'abstiennent, quand les autres rêvent de connaître ce grand frisson.

Fabrique des sentiments

Jean-Pierre Darroussin « retrouve » donc là ce rôle de français moyen qu'il s'attache comme toujours à élever au-dessus de la masse. Un de plus, certes. Mais on rit tellement à le voir s'embourber dans la vase de ses petits travers, bermuda à carreaux sur les fesses et détecteur de métaux à la main ! Évidemment, il ne peut s'empêcher de tout savoir mieux que les autres et de théoriser sur n'importe quel sujet, face à une ado qui utilise le monosyllabe comme une lotion anti-acné. Un « duel » au soleil de la Scandinavie, dans lequel s'invitent volontiers les deux alliées de Jeanne, Annika et Christine, sous l'oeilleton d'une réalisatrice qui sait aussi bien faire parler ses personnages que leurs silences. Sur fond de paysages d'une Suède alanguie par la chaleur estivale, Anna Novion parvient ainsi à filmer avec justesse, sans artifice mais avec une évidente tendresse, situations comiques et moments plus graves, dans une fabrique des sentiments où les rôles pourraient bien s'inverser. Attention, Les grandes personnes, ne sont pas toujours celles que l'on croit.

Stéphanie Mayol
Nice-Matin

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