61e Festival de Cannes
Notre chronique vidéo QUOTIDIENNE !
Le Festival 2008...
Envoyez-nous vos photosOn imagine l'excitation du sélectionneur insérant la copie de travail du nouveau film de l'Anglais Thomas Clay dans son lecteur, à quelques jours du bouclage. Le précédent (The Great Ecstasy of Robert Carmichael) avait été recalé de la compétition, en 2005, à cause d'une scène finale de viol ultra-violente et discutable. Sa projection à La Semaine de la Critique avait fait courir les Festivaliers, appâtés par l'odeur du sang, jusqu'à La Bocca. Certains crièrent même au génie.
Buzz assuré
Cette fois, la fiche annonçait un film sur le tourisme sexuel en Thaïlande. Les premières images montraient, en plan fixe et dans un noir et blanc très « Dogme », un gros touriste batave à moitié nu, vautré près d'une jeune Thaïlandaise enceinte dans une chambre minable. Pendant dix minutes, les deux n'échangeaient pas un mot. « Bon plan », se dit le sélectionneur, pressentant un drame de l'incommunicabilité. Puis il s'endormit, vaincu par trop d'heures de visionnages. Lorsqu'il se réveilla, deux heures plus tard, le film était passé en couleur. La scène finale, dans un cabaret du quartier chaud de Soi Cowboy à Bangkok, où chantait un crooner ringard, lui évoqua furieusement Twin Peaks. Le DVD alla directement rejoindre le carton « Sélection officielle ». Thomas Clay n'était peut-être finalement pas le nouveau Kubrick, mais si ça se trouve le nouveau David Lynch ? Quoi qu'il en soit, le buzz autour de son nouveau film était assuré.
Effectivement, on se précipita voir Soi Cowboy à Un Certain Regard, cette section où les critiques ont le choix de regarder les films par-dessus l'épaule des invités ou de travers, depuis les allées. Peut-être eut-on dû attendre qu'ils soient aussi fatigués que le sélectionneur ?
En début de Festival, c'était prendre le risque que les plus consciencieux voient le film en entier. Or, entre les deux scènes précitées, il n'y a absolument rien, qu'un vide sidérant de scénario et de mise en scène.
Apparemment, le dénommé Thomas Clay s'est payé des vacances en Thaïlande aux frais de la production et a complètement oublié qu'il devait y tourner un film. Pas sûr qu'on le revoit de sitôt sur la Croisette, ou alors avec le goudron et les plumes. Ciao Cowboy !