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Festival international du film

Édition du vendredi 23 mai 2008

Mère Madonna n'a kidnappé personne !

Le buzz a fonctionné. Championne Ciccone ! On n'a parlé que d'elle. Elle qui, pourtant, n'était pas prévue au casting festivalier. Madonna trop puissante. La veille, elle vole la vedette à Benicio Del Toro en s'imposant sur le tapis rouge, et le lendemain elle rameute tout ce que Cannes compte de journalistes sur un claquement de doigts.

Un poil irritant ? Pour Sean Penn sans doute. Lui, qui par la voie très officielle de Gilles Jacob, avait obtenu que Third Wave soit projeté à titre exceptionnel pendant le Festival, se retrouve gros jean comme devant. Third Wave, son docu humanitaire sur le drame du tsunami au Sri Lanka, n'aura fait l'objet que d'une couverture polie, là où celui défendu par Louise Ciccone a suscité un émoi général.

I am because we are, long reportage parfois clipé, souvent brouillon mais définitivement implacable sur le drame du sida au Malawi, ne décrochera pourtant pas le Pulitzer. Pas question pour autant de le descendre en flammes. Gare d'ailleurs à ceux qui s'y essaieraient. Et pour cause : cette nouvelle carrière de Tintin reporter lui tient à coeur plus que tout. « Je me suis découvert une nouvelle passion, l'exploration de l'humanité, la découverte d'autres mondes et sans doute aussi l'envie à travers le reportage d'informer les gens ; de leur dire, arrêtez de vous plaindre vous qui vivez en sécurité, regardez comment au Malawi ou ailleurs, les damnés de la vie assument leurs terribles souffrances dans la plus extrême des dignités. »

Prosternation générale

On pourrait lui rétorquer qu'à trop fréquenter les palaces de la planète, la Ciccone oublie que l'exclusion, la pauvreté et la souffrance ne sont plus l'apanage des seuls pays du Sud. Mais bon ! Comme avec son nouveau look SM de Cruella rock composé pour les besoins marketing du Sweety and stincky tour - sa nouvelle tournée mondiale -, Louise a toujours son fouet à portée de main, on ne s'y risque pas. On la félicite. On se prosterne devant la nouvelle... mère Teresa pop ! On ne voit que le bon côté de son I am because we are.

Tout petit état de 7 millions d'habitants, le Malawi est le bout de terre le plus désolé de la planète. Une nation maudite. « A cause du sida, le pays compte plus de 1,2 million d'orphelins, souvent infectés eux-mêmes et abandonnés de tous. Ils n'ont plus de parents, pas de maison. A 6 ans, ils n'ont parfois d'autre choix que de devenir le père de leurs trois ou quatre petits frères. » Tout cela, son documentaire le montre, l'expose, le décompose. Parfois brutalement jusqu'à filmer à bout portant les ultimes confessions et l'agonie d'une jeune maman en phase terminale du sida. Brutal. Un peu scolaire comme la dissertation d'une très bonne élève en colère, mais pédagogique. A la fin du film, quand le nom du site Internet - iambecauseweare.com - s'inscrit sur l'écran noir du Festival, on sort illico sa carte de crédit comme Madonna nous y enjoint : « Il suffit de 20 euros pour prendre en charge toute une année - médicalement, scolairement, etc - un de ces orphelins. C'est quoi 20 euros, pour vous ? ».

« David est mon fils »

Efficace donc. Après tout, que demande le peuple, finalement. Apprendre le monde. Se sentir impliqué dans une vraie bonne cause. Et celle de Madonna en est une. Pour ce qui est de comprendre en revanche, c'est une autre affaire. L'effet suffit à Madonna ; les causes de ce drame humanitaire africain sont à peine évoquées. Le sida et l'extrême misère semblent du coup y être tombés du ciel... comme si Satan s'était amusé à faire « plouf, plouf, ce sera ce pays-là qui sera le plus pauvre ». Mais bon, n'est pas Claude Levi-Strauss qui veut. Après tout, Madonna n'affiche pas cette blonde ambition-là : « Pas plus que j'ai tourné ce film avec Nathan Rissman pour justifier l'adoption, l'année dernière au Malawi, de mon fils David. Je sais que certains vont continuer d'alimenter la controverse dégueulasse. Toutes ces histoires sordides d'enlèvement dont je serais coupable, me dégoûtent. David n'est pas un otage, il est mon fils. Sans doute ai-je payé très cher ma renommée et le fait qu'il a été le tout premier orphelin adopté. Ma fierté, c'est finalement d'avoir ouvert la voie. Et puis je me dis qu'une mère biologique souffre mille maux lorsqu'elle accouche ; cette polémique très douloureuse et particulièrement traumatisante aura finalement été pour moi l'équivalent des souffrances de l'accouchement. »

Jean-françois Roubaud
Nice-Matin

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