Si les gendarmes traquent les infractions en civil sur des motos banalisées (comme celle ci-dessus, à droite) ce sont des militaires en uniforme qui interceptent. : Photo A. B.-J. «Je me suis arrêté pour passer un coup de fil, je ne téléphonais pas au volant ». Contrôlé, hier matin, sur la RD 6007 à Villeneuve-Loubet par deux gendarmes, Michel, un Cannois, cherche une échappatoire pour éviter le PV.
C'est alors qu'une grosse moto noire se gare à ses côtés. Le passager ôte son casque, se présente en lui montrant sa carte de gendarme et dit à Michel qu'il a été vu son appareil à l'oreille pendant plusieurs kilomètres.
« Ah, vous êtes des gendarmes, bon, bon, c'est vrai j'ai commis l'erreur de téléphoner, c'est de ma faute, je vais encore perdre des points, ça m'apprendra ». Difficile, en effet, de contester lorsque les gendarmes, habillés comme des motards « lambda » sont sur un « gros cube » courant. La moto « banalisée » c'est la toute dernière et redoutable arme des forces de l'ordre. (1)
Déjà pratiqué en juin 2008 avec six voitures - de modèles différents - mais avec néanmoins des gendarmes en uniforme à l'intérieur, ce mode d'action a été étendu aux motos. Non seulement, cette méthode d'intervention a été autorisée par les pouvoirs publics, mais elle est même carrément encouragée !
25 % d'infractions supplémentaires constatées
« L'objectif du président de la République, c'est de descendre sous la barre des 3 000 morts par an sur les routes de France. Nous en sommes encore loin, mais depuis que nous avons les véhicules banalisés, nous avons constaté 25 % d'infractions de plus ».
« Tous les moyens sont bons », justifie le chef d'escadron Jean-Luc Vieilleville, commandant de l'EDSR. Les Alpes-Maritimes, département particulièrement accidentogène, a été un des premiers de France à être doté de cet engin, une Yamaha TDM 900. Complètement banalisé, il intègre néanmoins (au cas où) une sirène ainsi qu'un mini-gyrophare bleu invisible derrière la bulle lorsqu'il n'est pas actionné.
Cette moto n'est-elle pas une arme de plus pour faire « de l'abattage » et piéger l'automobiliste « vache à lait » ? « Non, je ne cesse de le répéter, nous n'avons aucun objectif chiffré, si ce n'est de faire baisser le nombre des morts dans le département. Le point noir, ce sont surtout les deux-roues, quand on sait qu'ils représentent seulement 13 % du total des immatriculations, mais 60 % des tués », poursuit l'officier, lui-même motard à titre personnel. Alors, c'est souvent sur des axes les plus accidentogènes, comme la D6007, que les « gendarmes furtifs » traquent les infractions.
Comment s'y prennent-ils ? Ils s'insèrent dans la circulation, repèrent les comportements dangereux.
Le passager, muni d'une très discrète radio donne la description du véhicule et son immatriculation à l'équipe d'interception. Celle-ci est obligatoirement en uniforme. « Nous avons des brassards " gendarmerie " au cas où nous devons, nous-mêmes, intercepter, dans des situations bien précises, mais nous préférons arrêter les contrevenants en uniforme, c'est notre approche ».
« Et cela évite à des petits malins de se faire passer pour nous et d'encaisser directement des amendes ! », justifie un gendarme. Il y a quelques années, des « pirates de la route » avaient rançonné des automobilistes en jouant aux policiers avec gyrophare et deux tons sur l'autoroute à Cagnes-sur-Mer.
20 infractions en quatre heures
Avec la voiture banalisée, le modus operandi est plus simple. Dès qu'ils constatent une infraction, les gendarmes se portent à la hauteur du contrevenant, placent le gyrophare aimanté sur le toit, actionnent l'avertisseur et lui font signe de les suivre. Le véhicule banalisé, c'est diablement efficace. Il n'y a pas de statistiques sur le sujet mais, globalement, ce sont environ 20 PV qui ont été dressés en 4 heures, que ce soit avec la moto ou la voiture banalisée.
Surtout les grosses infractions
« Avec la voiture, ce sont essentiellement les grosses infractions que nous traquons, dépassement à droite, téléphone et non respect des distances », détaille le " patron " des motards des A.-M.
Ainsi, hier, en une demi-heure, les gendarmes ont arrêté un automobiliste en train de téléphoner, deux pilotes de deux-roues qui remontaient à une allure soutenue une file de voiture après avoir franchi une ligne blanche continue et un automobiliste qui avait un détecteur de radars (2).
« Pour les motos qui remontent les files, nous sommes tolérants dans la mesure où il y a un différentiel de 20 km/h et qu'il y a la place, mais il ne faut pas qu'ils roulent sur des zébras ou qu'ils franchissent la ligne blanche, car il y a un risque de collision avec un autre deux-roues arrivant en face, cela s'est déjà vu », indique le lieutenant Daniel Chazalon, adjoint du commandant de l'EDSR.
1. La police nationale utilise également des motos banalisées, avec des policiers en civil, dans sa zone de compétence et n'intercepte pas en tenue, mais avec un brassard.
2. Le « tarif » est de 750 euros, trois points, voire suspension du permis. Le détecteur - illégal et qui détecte comme son nom l'indique les ondes radio des radars - ne doit pas être confondu avec l'avertisseur (légal) qui répertorie, grâce à un GPS, les radars fixes et les zones de contrôles des radars mobiles.