Une mère (absente sur la photo) et son fils, tous deux handicapés devaient être expulsés mercredi d'un appartement qu'ils occupaient depuis quatre ans. La procédure engagée deux ans plus tôt pour des loyers impayés arrivait à son terme. : Photo Serge Haouzi « Avez-vous un sac pour mettre quelques affaires ? » demandait mercredi le policier venu expulser ce handicapé de 43 ans et sa mère de 65 ans, handicapée elle aussi.
Dans ce petit deux-pièces du boulevard Carnot, le fils, désemparé, a commencé par prendre son chat dans ses bras. Il a ensuite attrapé une sacoche qui traînait par là. Trop petite pour contenir le minimum nécessaire à la suite de son existence... dans la rue.
Autour de lui, le policier, un huissier et un serrurier pour changer les verrous. La mère du garçon, malade, venait d'être transportée à l'hôpital par les pompiers. Mais lui, devait quitter les lieux dans l'instant. C'est la loi. Les impayés et la procédure engagée deux ans plus tôt par le propriétaire aboutissaient à cette ultime sanction.
Extrême précarité et parfois des suicides
C'est ainsi que les expulsions de locataires se succèdent toute l'année. Elles sont, néanmoins, toujours suspendues par la trêve hivernale qui accorde un sursis du 1er novembre au 15 mars aux personnes expulsables. En 2007, les préfets ont cependant autorisé 28 021 expulsions en France. Rien d'illégal donc dans ces drames qui mettent des gens à la rue et débouchent sur une extrême précarité et parfois des suicides. On se souvient à Cannes de cet homme de 75 ans qui s'est immolé devant la porte de l'appartement dont il avait été expulsé le matin même. C'était rue d'Antibes le 24 octobre 2006.
Rien d'illégitime non plus de la part des propriétaires qui ne touchent pas leur loyer pendant plusieurs années mais règlent les charges et souvent les échéances d'un emprunt. Alors quelle solution ? « C'est aux collectivités locales de se porter garante des loyers pour maintenir les gens dans leur logement le temps de trouver une solution durable », affirme Apolline Crapiz, conseillère municipale (PS).
« Le préfet dispose d'un fond d'état pour dédommager les propriétaires quand il sursoit à une expulsion par la force. Il faut utiliser ce fonds le plus possible. Et il faut profiter de ce sursis pour remplir le dossier Dalo », (voir ci-contre) rappelle Gérard Piel, vice-président du Conseil régional (PC) et militant actif de la cause des sans-logis dans le département.
Des refus de logement
Dans l'urgence, les services sociaux de la ville peuvent prendre en charge des nuits d'hôtel, un relogement dans des résidences sociales ou dans des foyers d'hébergement.
« Une personne handicapée n'aurait jamais passé la nuit dehors » confirme un élu. Mais les services sociaux se heurtent aussi à des refus parce qu'il est douloureux pour les personnes en difficulté de passer d'un appartement occupé, parfois depuis très longtemps, à une précarité devenue bien réelle : « C'est difficile de se retrouver dans une résidence sociale ou un foyer d'accueil. C'est une vie en collectivité et certains ne le veulent pas. Et dans ces cas-là, on n'a pas beaucoup de solutions » explique Catherine Vygadoula, au CCAS de Cannes. C'était le cas des deux personnes handicapées qui ont finalement bénéficié d'un sursis, accordé in extremis mercredi par le préfet... jusqu'au printemps. Mais après ?